Conques sort du sommeil d’hiver

Conques sort du sommeil d’hiver

Conques sort du sommeil

En Concas, cette conche,

tout arrive et tous repartent,

tout passe

et rien ne s’en va.

Tous se lèvent et tout s’enlève

et tout reste.

 

From “Conques, la quête”

 

Visit: http://www.instagram/wessel_conques 

 

 

Delta en images, poèmes polyphoniques et musique à Conques-en-Rouergue

Affiche Dialogues pour Delta, horaire corr-page-001

Présentation de DELTA, Chemins d’encre, Conques 8 Août 2015

L’unité n’existe pas, sauf comme un désir – un beau et très humain désir. Nous sommes tous différents et chacun de nous est (peut-être devrais-je dire: chacun de nous sommes) un mélange – un cocktail – de multiples identités.

Non, l’unité n’existe pas, mais à cause de notre peur de montrer nos différences, nos talents et nos contradictions – peur de la solitude et l’ambivalence, l’instabilité inhérente à la vie – nous cherchons l’image unitaire et sûre qui nous offre une religion, la mode, les préjugés partagés ou autres conventions.

Cependant, pour le carnaval nous sélectionnons un masque qui a quelque relation avec nos désirs et nos rêves, et pendant la fête des fous du Moyen Âge il était fréquent de voir des masques qui signifiaient le contraire de ce qu’il y avait derrière. Au Roi on mettait le masque du mendiant et au mendiant le masque du Roi, ce qui montre l’arbitraire du concept unitaire et notre besoin d’embrasser nos faces obscures ou peu dévéloppées. En réalité le mot “masque” et le mot “persona” signifient la même chose et sont utilisés dans le même but: pour la création de la fiction d’une identité fixe et reconnaissable.

Le fait d’avoir vécu quatre différentes vies dans quatre différentes cultures m’a finalement obligé d’admettre ma propre multiplicité. Quand j’ouvre la bouche ou commence à écrire je ne sais pas exactement laquelle des quatre cultures va prendre la parole.

En réalité cela arrive à tout le monde: notre langue change selon que nous parlons avec nos enfants ou avec notre notaire et nous jouons des différents rôles – nous portons des masques différents – selon la situation. Si nous n’y réfléchissons pas, c’est parce que notre langue – la masque de la pensée et des émotions – dans le cas où nous n’avons qu’une: la maternelle, fait croire que nous sommes une personne – un individu – avec une seule voix.

Si j’appelle ma poésie “polyfonías”, c’est précisément pour indiquer la pluralité des voix et de cultures qu’elle contient. Cependant, j’ai rajouté le qualifiant project – projet – pour indiquer que l’unité représenté par le livre est mon désir – un simulacre pieux comme tout art – mais point la réalité.

De la même manière que j’ai dû comprendre – après coup – la raison ou la volonté – qui, il y a 36 ans, m’a fait découvrir Conques et la maison de ma deuxième naissance ici, j’ai aussi dû essayer de comprendre d’où viennent mes quatre langues, quels sont les mécanismes qui à chaque instant décident si le mot juste est français, espagnol, anglais ou danois.

C’est pour partager les résultats de cette recherche et ainsi aider l’explorateur à obtenir plus de sa traversée du Delta avec ses voix, ses musiques et ses images que mon livre contient quatre prologues en chacun sa langue et son couleur.

Le prologue danois – écrit par une chanteuse de polyphonies médiévales – en vert , le couleur de mon enfance dans la campagne danoise; le prologue anglais en bleu, le couleur de la musique – le blues – de mes années teenage aux États Unis, le prologue français, en guise d’introduction, en rouge, le couleur du sang, car j’ai appris la langue française à travers de l’expérience de devenir père à Paris au début des années soixante-dix et, finalement, l’espagnol en noir, le couleur des lettres typographiques (je suis journaliste de formation), des peintures noires de Goya et de mes nuits avec ma femme espagnole.

La volonté d’unité et l’acceptation de la multiplicité m’a peu à peu fait prendre conscience de la responsabilité de l’artiste à percevoir et rendre visibles les coïncidences qui de quelque sorte nous rendent familiers avec des mondes et des situations qui d’autre manière nous auraient aliénés. Pour éviter la tendance à l’uniformité dans un monde et un temps où la raison d´être de l’existence augmente selon les seuls valeurs de stock il est nécessaire –vital – de défendre la joie de ce qui n’est pas raisonnable, mais plein de signifiance.

Lautréamont était capable de voir la beauté de “la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie”. La force transformatrice, la magie poétique de Lautréamont peut nous aider à communiquer avec ce qui nous paraît étrange dehors et dedans de nous-mêmes. Il faut saluer non seulement les étrangers, mais aussi les choses étranges. Il faut parler avec les enfants et les arbres, mais aussi avec les drones. La famille de la création existe, non pas malgré les différences mais grâce a les différences. Le travail de l’artiste consiste à briser les superficies fossilisées des mots, des images et des harmonies pour signaler des nouvelles associations des coïncidences inattendues. Aider ses confrères humains à se libérer de ses uniformes.

Le livre que nous présentons aujourd’hui est une espèce de registre de coïncidences artistiques du projet Delta. Quatre femmes et quatre hommes de différentes langues, cultures, religions et disciplines artistiques, ainsi qu’une équipe de graphistes ont collaboré directement dans le processus de sa création, mais sans le scénario de Conques je n’aurais sûrement pas trouvé aussi clairement les points de référence pour ma navigation.

Delta est un projet, a work in progress, et les coïncidences continuent aujourd’hui. Evidemment, cette vernissage-présentation n’est pas une coïncidence dans le sens aléatoire du terme, puisque nous l’avons préparé jusqu’où les imprévisibles le permettent, mais étant donné que la même idée est exprimée dans plusieurs manières simultanément et que la chance aussi a voulu participer, je pense que nous sommes en train de participer dans une extraordinaire coïncidence. C’est d’ailleurs une curieuse coïncidence qu’en français on utilise le même mot pour le temps de la montre et le temps du ciel.

Ce n’est sans doute pas par hasard que les armes de la ville de Conques représentent un Y. Pensez à Conques pendant un orage avec les torrents de pluie descendant les chemins venant de la Porte de Vinzelle en ouest et la Porte de Fumouze en est pour former un confluent ici devant la porte de cette cave. 2000px-Blason_Conques.svgCependant le fait que le nom de mon projet “Polyfonías” s’écrit avec un Y au lieu d’un I comme on fait dans le mot espagnol est dû à une erreur d’orthographie de la part du graphiste danois qui a fait la couverture de notre premier disque-livre. Ce n’est que plus tard que je me suis rendu compte de la coïncidence avec l’Y conquois.

J’aimerais penser que la pluie que ce soir rend visible le Y des armes de Conques est une coïncidence significative.

J’ai donné le titre Delta à mon livre pour plusieurs raisons. Ici je mentionnerais que trois: Un delta est une confluence, comme ma poésie est une confluence de cultures. Le triangle est un symbole de fertilité: le sexe féminin, l’origine du monde. La lettre correspondant à la lettre grec “delta” en hébreu est daleth”. La forme de cette lettre ressemble le poignet d’une porte. Ma poésie reprend la tradition médiévale de la poésie orale et la bouche aussi est une porte et le lieu de transformation de la pensé en mots et de la nourriture en énergie.

Ici dans cette cave ancienne comme le subconscient collectif nous allons écouter la langue plurilingue de la poésie dialoguer avec les disharmonies harmoniques de la musette baroque de Jean Pierre Rasle à la fois que nous sommes entourés par les déconstructions-reconstructions des identités captées par l’imagination de l’artiste espagnole Dinah Salama. Ou, dit d’autre manière: rassemblés dans une cave de la mémoire nous allons vivre la métamorphose des langues et la confluence des identités multiples à travers de l’agent corrosif et unificateur de l’art.

A la fin de mon livre je remercie le village de Conques pour m’avoir accueilli. Une gratitude que j’ai voulu exprimer dans mon poème “Conques, la quête”,  et que le ville a adopté au point de le faire gravé sur deux plaques d’acier dorénavant installées aux portes où le Chemin de Saint Jacques entre et sort de Conques.

Je voudrais considérer ce vernissage-présentation comme une communion où les images, la musique, la poésie et les cœurs de tous se mélangent et s’intègrent dans une vaste harmonie.

La meilleure manière de participer dans ce projet est d’essayer d’écouter et voir pour le simple plaisir de sentir sans avoir à faire l’effort de chercher le sens. Je donnerai le même conseil d’usage pour Delta : écoutez-le à la fois que vous lisez et que vous dialoguez avec les images.

Merci à Marie-Geneviève pour l’hospitalité, merci à Dinah pour le dialogue, merci à Jean Pierre pour les drones, merci à Nick pour la guitare et les blue notes, merci à ma femme Margarita pour l’amour et pour rendre tout possible. Merci à tous pour votre présence.

Conques, la quête – Conques, the Quest

The multilingual poetry plates at the gates of the medieval French pilgrims’ town of Conques-en-Rouergue

D

I wrote “Conques la quête” in 2010, for the concert-reading that Polyfonías Poetry Project (Mark Solborg, Salvador Vidal and myself) gave in the shade of the huge linden-tree on Place Chirac in Conques as part of the annual music festival La Lumière du Roman. We have since featured it in most of our recitals, and it has become the central metaphor in the poetry, music and art book « Delta », which Ediciones de la Torre in Madrid published last year. Conques has, after all, become my hometown – mi pueblo – where I grow my polyfonías, the multilingual crop of a life steeped in four cultures, along with the Mediterranean and Nordic trees that I have planted in my « sacred grove » just inside the city walls.

My use of different linguistic registers is spontaneous, and often it is only when I finish the writing of a poem that I realise why the voice of this or another language from this or another period of my life has come to me at this particular moment. Translating my polyglot poetry into one single language would be like reproducing a Fauve painting in black and white. At best we could translate it into a combination of four other languages ; each tongue is like a color produced from a plant cultivated in a specific climate. Like the natural dyes we obtain from plants, each tongue has the tone of the soil from which it sprang. I shall, nevertheless, venture to make an abstraction from the colors of the poem in order to explain certain passages and the linguistic processes that produced them.

The second stanza in « Conques, la quête » is the one in which the linguistic palette is most colorful, and it is also the stanza that serves as an envoi at the Porte du Barry, the gate halfway down Rue Charlemagne through which pilgrims and walkers leave Conques. The envoi –  a brief stanza placed at the end of a poem as a dedication to an imagined or actual person – is a common feature in French medieval poetry, specially ballads. Imagining that the passage through Conques is a transformative experience,Plaque et paysage. Foto, Anne Romiguiere copia  the second stanza in « Conques, la quête » is no longer the same when one leaves the medieval village as it was when one arrived there by the GR65. The letters have freed themselves of the weight of the steel and have risen like voices, like vowels, like luminous footprints across the night sky. The envoi has taken wing and has ceased to be mine. That is why I haven’t signed it. I want it to be a song of the road, a folk song, and therefore – from the farewell to Conques – an anonymous chant.

The strength of « Conques, la quête » lies in the contrast and complementarity of the Romanesque town, inviolate and eternal, and the ephemeral lives of the human voyagers with their desires and spiritual and existential quest. They are the voyagers that are described in the second stanza of the poem at the entrance to Conques above the town. They are the transformed voyagers with a deeper vision that the envoi salutes as they pass through the Porte du Barry :

Caracoles,
søgende sjæle med hus på ryggen,
almas en vilo con sus vidas a cuestas.
Eager commerce,
searching eyes,
ojos en quête buscando, cher-
chant des yeux en paix.
Bon voyage, fare thee well, ultreïa.

Which could be translated thus into English :

Snails in procession,
Seeking souls, your abodes on your backs,
restless souls hauling your lives uphill.
Eager commerce,
searching eyes
in perpetual quest, seeking
eyes of peace.
Bon voyage, fare thee well, ultreïa.

But in the translation into a single language the mixture of tongues that have always lingered in the streets of Conques is lost. Besides, the ambiguity of the Spanish possessive pronouns and the minimalism of Danish grammar allow me to speak simultaneously about and to the voyagers.

To start with, I use snails (caracoles in Spanish) as a metaphor for the pilgrims and caminantes, due to both the slowness of their progress in view of the distance they have to cover, and their appearance, hunched under their backpacks. Søgende sjæle med hus på ryggen hints at two opposite traits in the Danish national character: on the one hand angst and doubt (restless souls) and on the other pragmatism and do-it-yourself spirit (abodes on your backs). In Danish this last phrase med hus på ryggen has become almost a synonym, or paraphrase, for snail: it is the surprising association of these familiar slugs with another commonplace – seeking souls – that produces the poetic spark.

The next stanza is a good example of my technique of «multilingual poetical cubism » or « meandering of meaning ». At first one would think that we’re dealing with an intertextual translation of the Danish phrase into Spanish. In fact, it is a translation and it isn’t a translation. The idea and the construction of the sentences are similar, but the different elements are composed of unexpexted pairs of clichés – that is, specific and sedimented derivatives from two different cultures :

søgende sjæle / med hus på ryggen,
almas en vilo / con sus vidas a cuestas.

As a consequence of this, their meanings are infused with different « colors », implying dissimilar and untranslatable emotional landscapes. To me the Danish metaphor is more metaphysical and the Spanish more visceral.

This is not the place for linguistic digressions or dissections so, for the sake of brevity, let me just say that I have coupled the word « commerce » with « eager » – a combination which conjures up poems and travel prose from bustling ports in English literature – because Conques as a main halt on the Camino to Santiago does bustle with both commercial and spiritual intercourse, and these two meanings are implied in both the English and French word « commerce » in spite of their different pronunciation.

Which makes me come back to the issue of the polychrome sense of the poem. Lyrical poetry is closely related to music. The sound is an essential element of its message. I call my poems polyfonías because they are tapestries of sound, woven from the voices of different languages, different cultures. The first and the third stanza of « Conques, la quête » are basically monolingual – in French – something which rhymes well with their « matter » : the village – austere and entirely built of chist, the local stone. The last stanza is also monolingual, but in this case Spanish, the tongue of the pilgrims’ Jacobean destination (mixed with the sounds of other tongues in the farewell chimes of the bells).

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And in the middle of the mineral and inmutable silence of the stone you hear voices in the streets, squares and terraces of Conques ; the place of the human quest where all cultures blend and unite.

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